Entre bilinguisme et pragmatisme : Choix d’école chez les immigrants francophones africains récents à Calgary Projet de recherche CRSH Dr. Ozouf Sénamin AMEDEGNATO*, Dr. Eileen LOHKA*, Dr. Robert STEBBINS** Université de Calgary PROBLÉMATIQUE DE LA RECHERCHE Plusieurs recherches indiquent que les institutions, orga- nisations et réseaux de chaque communauté franco- phone minoritaire contribuent à sa vitalité dans la région et ce, à travers des stratégies telles que divers apprentis- sages, la rétention et la pratique de la langue et de la culture dans les milieux sociaux et familiaux. SPÉCIFICITÉS CONTEXTUELLES À considérer une ville comme Calgary où la population francophone est essentiellement migrante non autoch- tone (c’est-à-dire qu’elle ne s’est pas historiquement constituée sur place, mais s’est accrue plutôt récemment à la faveur du boum économique de la province), l’on se rend compte que toutes les recherches sur les commu- nautés francophones de souche au Canada ne s’ap- pliquent pas nécessairement à un tel contexte. L’ENQUÊTE L’enquête a ciblé un échantillon d’Africains francopho- nes ayant immigré à Calgary, parents d’élèves de deux écoles calgaréennes. Huit couples ont été interviewés, selon la méthode semi-directive, et suivant la distribution suivante : un de l’Île Maurice, un du Togo, un du Congo démocratique, et cinq du Cameroun. L’âge des parents varie entre 30 et 45 ans, et les parents sont dispersés dans toutes les zones de la ville de Calgary. Ils provien- nent de diverses couches sociales, et les enfants concer- nés sont à l’école primaire ou au collège. *** Outre l’examen de la motivation des parents d’inscrire leurs enfants dans une école francophone, la recherche visait à définir le rôle catalyseur et la vitalité sociale des écoles francophones et du milieu minoritaire dans lequel elles fonctionnent. Questionnaire ayant servi aux entrevues 1. Pourquoi avez-vous choisi [nom de l’école] pour votre enfant (répété pour chaque enfant à l’école)? • Quelles autres écoles aviez-vous considéré et pourquoi les avez-vous écartées? • Quels sont les pour et les contre de [nom de l’école] pour votre enfant (répété pour chaque en- fant à l’école)? 2. Quels problèmes avez-vous rencontrés en essayant de trouver des informations sur les écoles francophones de Calgary? • Sur la question éducative, quelles organisations et agences furent utiles? • Avez-vous été aidés par des amis ou des parents? 3. Avant votre arrivée dans la ville, quelles étaient vos attentes et idées préconçues à propos de l’éducation en français à Calgary? Comment avez-vous développé ces attentes et idées préconçues? 4. Quels sont vos plans futurs concernant la scolarisation de votre enfant, y compris l’éducation post-secondaire (répété pour chaque enfant à l’école)? Expliquez ces plans. RÉSULTATS DE LA RECHERCHE Bilinguisme comme objectif Une majorité de parents africains francophones privilégient nettement les écoles francophones dans la mesure du possible (les plus exigeants étant ceux qui viennent eux-mêmes des milieux de l’enseignement). Deux raisons guident ce parti pris : le bilinguisme des enfants et la possibilité d’assurer le suivi scolaire à la maison. Étant eux-mêmes francophones dans une zone anglophone, ils veu- lent que leurs enfants puissent garder leur première langue (le français), tout en apprenant l’anglais dans leur environnement immédiat, c’est-à-dire auprès de leurs amis et en ville. Continuité vs transition La plupart des parents francophones arrive à Calga- ry en ayant transité par un ou plusieurs autres pays en plus de leurs pays d’origines respectifs. Leurs enfants ont donc déjà commencé leur éducation dans ces pays, soit dans la première langue des parents, qui est le français, soit parfois dans la lan- gue du pays d’accueil, qui peut être l’anglais. Ainsi, on note soit une continuité dans la première langue d’éducation des enfants lorsqu’il est trop tard pour changer, soit une transition au français lorsque l’enfant est encore assez jeune pour le faire. Critères informant les choix • Indice de performance des écoles dans le classe- ment de la Calgary Board of Education ou de la Calgary Roman Catholic Separate School division • Proximité géographique des écoles (limiter le temps passé dans les transports publics) : des pa- rents inscrivent donc leurs enfants dans l’école la plus proche, qu’elle soit une école francophone ou anglophone, sachant que de toutes les façons, les enfants finiront par être bilingues dans cet environ- nement anglophone qu’est Calgary, dans la mesure où ils parleront le français à la maison et appren- dront l’anglais à l’école, ou inversement. • Bouche à oreilles : les parents francophones arri- vent à Calgary sans grande connaissance du milieu, notamment du fait francophone albertain. Ils s’appuient principalement sur l’aide et l’orientation des amis qui sont déjà sur place, et se fient à leurs témoignages ou recommandations. • Internet et plusieurs organismes (communautés catholiques, Canaf, Calgary Catholic Immigration Society, Cité des Rocheuses), permettent aux pa- rents francophones nouveaux arrivants de mieux s’informer sur les écoles francophones à Calgary. Satisfactions / Insatisfactions • Les parents sont satisfaits : de l’éducation reçue par les enfants ; du fait qu’ils sont régulièrement informés de ce qui se passe à l’école avec leurs enfants. • Les parents sont peu satisfaits : du niveau d’éducation des écoles francophones jugé trop bas par rapport aux écoles anglophones ; du nombre peu élevé d’écoles francophones et du maque d’une université francophone à Calgary. LIMITES ET PERSPECTIVES Nombre d’interviewés peu représentatif Alors que le projet prévoyait d’interviewer une soixantaine de parents, seuls huit ont pu finalement se prononcer. Les résultats sont pertinents du point de vue qualitatif, mais quantitativement peu représentatifs. Un protocole éthique trop coercitif Le faible taux de participation est directement imputable à la rigidité du protocole éthique qui fut imposé à la recherche. Nous étions en effet privés d’accès direct aux parents d’élèves. Il fallait donc se fier entièrement aux directeurs d’écoles pour faire suivre la lettre explicative ainsi que le formulaire de consentement, et attendre d’être contacté par les parents bénévoles, sans possibilité de relance. Une technique comme la « boule de neige » eut été plus efficace pour recruter des participants, sans toutefois compromettre l’anonymat des données recueillies. À suivre… De ce qui précède, il résulte que l’enquête gagnerait à être poursuivie, afin d’arriver à des résultats statistique- ment significatifs, à même d’infirmer ou de confirmer les résultats qualitatifs déjà obtenus. Car il est très important que les écoles connaissent les motivations et attentes de leur public (potentiel ou avéré) afin d’accroître efficacement leur visibilité propre, et partant, leur rôle dans la vitalité du français à Calgary. BIBLIOGRAPHIE Allaire, G. 1999. La Francophonie Canadienne: Portraits. Sudbury, ON: Prise de Parole. Amedegnato, O.S. 2007. Dire l’immigration. Palabres VII, (1&2), 25-41. Cohen, A.P. 1985. The Symbolic Construction of Community. London, Eng.: Tavistock. Floch, W. et Y. Frennette. 2004. Community Vitality, Community Confidence Official Languages Research Forum: Analysis and Discussion of the GPC International Survey on Attitudes and Perceptions of Official Languages. Ottawa: Department of Canadian Heritage, Government of Canada. Glaser, B.G. et A.L. Strauss. 1967. The Discovery of Grounded Theory. Chicago: Aldine. Landry, R. et R.Y. Bourhis. 1997. Linguistic landscape and ethnolinguistic vitality: An empirical study. ]ournal of Language and Social Psychology, 16, 23-49. Landry, R. et A. Magord. 1992. Vitalité de la langue française à Terre- Neuve et au Labrador: Les rôles de la communauté et de l’école. Education et Francophonie, 20 (2), 3-23. Magord, A., R. Landry et R. Allard. 2002. La Vitalité ethnolinguistique de la communauté franco-terreneuvienne de la péninsule de Port-au-Port: Une étude comparative. Les Franco-Terreneuviens de la Péninsule de Port-au-Port : Evolution d’une identité franco-canadienne, pp. 197-228 (réd. André Magord). Moncton, NB: Chaire d’Études Acadiennes, Université de Moncton. O’Keefe, M. 2001. Francophone Minorities: Assimilation and Community Vitality, 2 nd ed., Ottawa, ON: Government of Canada, Department of Canadian Heritage. Statistics Canada. 2004. Statistical Profile of Canadian Communities, HTTP://www.Statcan.ca. Ottawa, ON: Minister of Industry, Government of Canada. Stebbins, R.A. 2000. The French Enigma: Survival and Development in Canada’s Francophone Societies. Calgary, AB: Detselig. Stebbins, R.A. 2001. Exploratory Research in the Social Sciences, Sage University Paper Series on Qualitative Research Methods, vol. 48. Thousand Oaks, CA: Sage. * Department of French, Italian & Spanish (s.amedegnato@ucalgary.ca ); (elohka@ucalgary.ca ) ** Department of Sociology (stebbins@ucalgary.ca ) *** Entrevues réalisées par Lorissa Chan et Jean-Blaise Samou, étudiants gradués du Département French, Italian & Spanish. Department of French, Italian & Spanish Department of Sociology Language Research Centre