ASSOCIATION FRANÇAISE POUR LA LECTURE LES ACTES DE LECTURE n°44 (décembre 1993) 1  PSYCHOLOGIE COGNITIVE DE LA LECTURE M. FAYOL, J.-E. GOMBERT, P. LECOCQ, L. SPRENGER-CHAROLLES, D. ZAGAR. PUF Coll. Psychologie d’aujourd’hui Dans cet ouvrage, cinq des plus éminents spécialistes en la matière font le point sur la psychologie cognitive de la lecture, c'est-à-dire sur la nature, le fonctionnement (ou le dysfonctionnement) et l'acquisition des processus cognitifs de traitement de l'information écrite, en dehors de tout autre aspect psychologique ou de toute autre considération de nos conditions de la mise en œuvre et de l'effectuation de cette activité complexe qu'est la lecture. Cinq chapitres composent ce livre dans lesquels chacun des 5 auteurs traite principalement d'une question de la problématique générale : les différents modèles d'accession au lexique (D. Zagar), les phénomènes de compréhension de l'écrit (M. Fayol), les habiletés non spécifiques à la lecture (J.-E. Gombert), les modèles d'acquisition de la lecture et l'influence des méthodes d'enseignement notamment à la lumière des dernières recherches francophones (L. Sprenger-Charolles), la multiplicité des dyslexies et l'inventaire de leurs causes (P. Lecocq). Conçu comme un outil de travail et de référence à destination des étudiants et des chercheurs mais aussi des praticiens enseignants ou thérapeutes, le livre se termine par deux index des auteurs cités et des thèmes abordés et une bibliographie de plus de 40 pages. Bibliographie essentiellement anglo-saxonne d'ailleurs qui reflète, selon les auteurs de ce livre, non pas la supériorité des chercheurs anglophones par rapport à leurs collègues francophones, mais bien plutôt "leur nombre et les moyens dont ils disposent pour mener leurs recherches et leurs réflexions." Nous ne reviendrons pas sur les analyses et les thèses qui en sont issues, exposées à partir de la présentation des différents modèles cognitifs de la lecture et des travaux qui ont permis à leurs auteurs de les élaborer. D'abord parce que, nous l'avons dit, ce livre est une somme à laquelle nous ne pouvons que renvoyer ceux qu'elle intéresse. Ensuite parce que nos lecteurs en connaissent sans doute l'essentiel, ne serait-ce qu'à travers les articles de notre revue traitant des premiers apprentissages ou de la lecture accomplie et faisant état nos désaccords. Dans l'état actuel des recherches de la psychologie cognitive, quel est l'organigramme de la "machine à lire" ? Quels modèles rendent le mieux compte de ses composantes et de leur rôle respectif ? Comme le rappelle Daniel Zagar, il n'y a pas de "fenêtres" par lesquelles on pourrait voir ce qui se passe dans le cerveau du lecteur. Seuls les effets d'un comportement global sont observables et "de l'extérieur". D'où ces techniques de la psychologie expérimentale dont il est tant fait état dans ce livre et qui consistent à engager les sujets qu'on observe dans des tâches limitées. Qu'on pardonne au béotien que je suis, englué dans des préoccupations de praticien, de s'interroger sur les théories explicatives d'un comportement global échafaudées à partir de certaines études "en laboratoire". La confrontation de ce qui est dit du mode de fonctionnement et du rôle spécifique de tel ou tel "processeur" de la "machine" observé isolément à l'occasion d'une tâche particulière, avec ce qu'on constate chez un lecteur de sa lecture d'un texte de quelque importance, "de l'extérieur" et grâce à des indicateurs simples, laisse pour le moins dubitatif. Comment avec ce que disent les cognitivistes du fonctionnement de la "machine à lire",