Théologie du pluralisme religieux : une nouvelle étape pour la théologie de la libération José María VIGIL Introduction Lorsqu'on m'interroge sur l'avenir de la TL (Théologie de la Libération), je réponds généralement qu'à ce moment de l'histoire, son avenir se trouve en dehors de lui-même. TL n'a plus grand-chose à faire dans son propre domaine. C'est une théologie très jeune, moins de cinquante ans. Mais, contrairement aux théologies qui ont mis des siècles à se construire, la TL a depuis longtemps atteint sa maturité. L'époque actuelle est plus accélérée ; il ne faut plus des siècles pour construire une théologie. En effet, il est bien connu que les branches essentielles de toute théologie sont déjà élaborées dans la théologie de la libération : christologie (Boff, Sobrino, Bravo, Echegaray...), ecclésiologie (Quiroz), grâce (Boff), théologie de la pratique (Comblin), sacramentologie (Codina), missiologie (Suess), spiritualité (Casaldáliga, Gutiérrez...), même l'eschatologie (Boff) a déjà été élaborée. Et cela, sans compter les "prolongements" de la TL, par le biais des "nouveaux sujets" ou sujets émergents, issus de la TL mais qui ont déjà fait leur chemin depuis des décennies : théologie indienne, théologie afro, théologie féministe... Bien sûr, il est toujours possible de s'améliorer... et même de "faire un pas de plus". Mais, en gros, il n'y a plus rien de fondamental à élaborer dans la TL. Maintenant il reste... à le vivre, à le pratiquer, oui. Et bien sûr, de l'"appliquer" constamment à un monde socio-économique en évolution permanente... mais nous ne pouvons plus appeler cette tâche "élaboration de la TL". La TL est complète dans son principe, elle est mûre, il ne lui manque rien à faire dans le futur. La tâche pour l'avenir qui interpelle TL est de dialoguer avec de nouveaux paradigmes théologiques. Et je fais référence, bien sûr, aux changements "globaux et transversaux", qui affectent tout simultanément. Dans cette étude, je me concentrerai principalement sur l'un d'entre eux, le plus connu : le paradigme pluraliste, défendu par la TPR, Theology of Religious Pluralism. La TL a été fondamentalement élaborée dans la perspective ouverte par le Concile Vatican II, à l'époque d'un paradigme inclusiviste 1 (bien qu'à cette époque, nous ne connaissions même pas le mot). Eh bien, la TPR est la visibilisation la plus pratique de l'arrivée d'un nouveau "paradigme" en théologie, le paradigme "pluraliste" 2 , et le défi pour l'avenir que la TL doit relever est de "devenir pluraliste", c'est-à-dire de passer de la "théologie de la libération inclusiviste" à la "théologie de la libération pluraliste". C'est ce que j'ai voulu dire en disant que l'avenir de la TL ne réside plus en elle- même, en cherchant à combler ses lacunes, à élaborer les branches ou les traités qui lui manquent encore ; les "nouveaux pas" qu'elle doit faire à l'avenir impliquent de se confronter aux nouveaux paradigmes, et spécifiquement, à la théologie du pluralisme religieux. L'avenir de la TL, jusqu'ici inclusiviste, réside dans sa refonte, sa reformulation, sa relecture pluraliste, afin de devenir une théologie de la libération "pluraliste". Nous allons présenter ce TPR et réfléchir à sa signification. Nous laisserons de côté d'autres paradigmes plus récents, qui nécessitent une plus grande maturation et un traitement distinct, et qui sont peut-être encore plus difficiles que le pluralisme religieux, mais que nous n'aborderons pas maintenant. TPR : pas une nouvelle branche de la théologie, mais une nouvelle théologie C'est encore le grand malentendu dont souffrent les inaperçus à l'égard de la TPR : ils la considèrent comme un sujet comme un autre, une autre "branche" de la théologie, une nouvelle pièce à inclure dans la grande mosaïque de la théologie. A toutes les théologies que nous avons déjà, nous 1 Inclusivisme : les autres religions sont considérées comme destinées à être "incluses" dans sa propre religion. Cfr VIGIL, J.M., Teología del pluralismo religioso, Abya Yala, Quito 2005, collection "Tiempo Axial", chap. 6, p. 70ff. 2 La position pluraliste postule la pluralité des voies de salut : ni une seule, ni la réduction de la multitude à une seule, mais une réelle pluralité de voies de salut, permises ou voulues par Dieu lui- même. Cf. ibid.