Une ordonnance de chimiothérapie
protocolaire pour améliorer la sécurité
de prescription
en cancérologie thoracique
J.-L. PUJOL (1), C. BEAUPIN (2), X. QUANTIN (1), K.
SAVELLI (2), M. ODOUL (1), P. GODARD (1).
(1) Service des Maladies Respiratoires, (2) Unité Centrale de
Préparation des Cytostatiques, Centre Hospitalier Universitaire,
555, avenue de Ganges, F 34295 Montpellier Cedex 5.
Le traitement des cancers bronchiques et des autres néoplasies intra-
thoraciques est une part importante de l’activité de nombreux services de
pneumologie. Une récente enquête suggère que plus de 10 000 malades
seraient pris en charge tous les ans par les pneumologues [1]. La voca-
tion de la plupart de nos services est d’assurer la prise en charge de
toutes les maladies respiratoires. Ainsi, nous devons exercer la cancéro-
logie thoracique avec compétence et rigueur, mais nous devons dans le
même temps faire face aux autres aspects de notre discipline tels que
l’infectiologie, l’asthmologie, etc [2]. Une organisation rigoureuse de la
chimiothérapie est d’autant plus nécessaire. Nous présentons ici une
ordonnance de chimiothérapie protocolaire, dont l’élaboration résulte des
efforts communs des médecins, des pharmaciens et des infirmières impli-
qués dans la prise en charge des malades atteints de cancer bronchique.
Cahier des charges
Pour le malade, l’ordonnance protocolaire doit garantir une plus grande
sécurité de prescription : (1) adéquation entre l’indication et le protocole,
(2) vérification réelle de la surface corporelle, (3) adéquation entre les
doses planifiées et la surface corporelle, (4) prescription simultanée des
médicaments de conditionnement, (5) mention sur l’ordonnance de
l’accord d’administration en fonction des données hématologiques, de la
fonction rénale et de la tolérance d’éventuelles cures précédentes.
Pour les médecins, le premier intérêt de l’ordonnance protocolaire est
d’imposer la constitution préalable d’un thesaurus officialisant les stan-
dards de prescription de la chimiothérapie pour chaque indication de
l’oncologie thoracique. Cela pourrait se résumer par la formule : «une
indication, un protocole, une ordonnance protocolaire». C’est l’occasion
de mener une réflexion fondée sur la littérature, les travaux antérieurs du
service, et les directions prises par la recherche en chimiothérapie. Une
recherche clinique, quelle qu’en soit la phase, peut parfaitement donner
lieu à la rédaction d’une ordonnance protocolaire provisoire (maintenue
le temps de la recherche clinique). Le deuxième avantage de ce type de
prescription est de limiter les risques d’erreur de calcul et les déviations
du protocole. Elle ne permet pas, par contre, la délégation complète de la
prescription à des médecins en cours de formation, car le type d’indica-
tion, les décisions de réduction posologique ou d’administration «pleine
dose» restent du ressort d’un médecin référent en oncologie thoracique.
Pour le pharmacien responsable de l’unité centrale de préparation des
cytostatiques et son équipe, l’ordonnance protocolaire est un moyen de
consolider le programme «d’assurance qualité» et de vérifier la confor-
mité de la reconstitution des médicaments en poches prêtes à l’adminis-
tration. Toutes les informations relatives à la prescription sont en effet
contenues sur ce document unique. Les vérifications portent essentielle-
ment sur la conformité des doses au poids et à la taille du malade, à son
statut hématologique, à sa fonction rénale, et aux éventuelles réductions
posologiques décidées au niveau médical. En cas d’incident lié à la chi-
miothérapie, l’archivage de l’ordonnance protocolaire permet de recons-
tituer l’historique du traitement. Au-delà, la constitution du thesaurus a
permis une réflexion sur les standards de reconstitution, particulièrement,
sur le choix concerté avec les médecins des solvants garantissant la
meilleure tolérance du cytostatique administré (ex : uniformisation de la
reconstitution du cisplatine dans le soluté de NaCl à 3%) et la meilleure
stabilité. L’ordonnance protocolaire permet un renforcement de la sécu-
rité et un un gain de temps appréciable en limitant les recherches dans le
thesaurus de la conformité de la prescription.
Pour les infirmières, l’ordonnance doit être un document de liaison
avec les médecins, un document de liaison avec l’unité centrale de pré-
paration des cytostatiques, un moyen de vérifier la conformité de la pres-
cription avec les poches préparées par la pharmacie. Afin de ne pas mul-
tiplier les documents, l’ordonnance doit également permettre à
l’infirmière qui a procédé à l’administration de mentionner l’heure de
celle ci et de parapher.
Description
L’ordonnance protocolaire comporte [3] (tableau I) :
1. Les paramètres prédéterminés liés au protocole :
— nom du protocole ;
— indication ;
— nom des produits ;
— doses/m
2
(ou parfois par kg, ou dose totale selon le cytostatique) ;
— planification, jour par jour de l’administration.
2. Les paramètres à préciser liés au malade :
— poids ;
— taille ;
— résultats biologiques : hémogramme, clairance.
3. Les paramètres à calculer :
— surface corporelle ;
— AUC pour le carboplatine ;
— dose journalière à administrer.
4. Les paramètres de soins liés au médicament administré :
— heures d’administration des cytostatiques anticancéreux ;
— planification de l’administration des médicaments et solutés de
conditionnement (uromitexan, hydratation, anti-émétiques) ;
— mention des effets secondaires immédiats entrant dans la sur-
veillance infirmière et médicale :
— précautions d’administration particulière (ex : pas d’exposition du
cytostatique à la lumière pour les anthracyclines).
Rev Mal Respir, 1999, 16, 107-109.
© Masson, Paris, 1999.
FICHE TECHNIQUE
Tirés à part : J.-L. PUJOL, à l’adresse ci-dessus.
Date d’envoi à la lecture : 08.04.1998.
Date de retour 2
e
version corrigée : 12.05.1998.
Date d’acceptation : 26.06.1998.
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