1 Claire Carriou Université Paris Nanterre - LAVUE claire.carriou@parisnanterre.fr Carriou Claire (2019), « Communs et habitat. Quelques réflexions à partir de deux expériences « d’habitat participatif », in Christian Laval, Pierre Sauvêtre, Fehrat Taylan (dir.), L’alternative du commun, Paris, éditions Hermann, pp. 201-209. Communs et habitat. Quelques réflexions à partir de deux expériences « d’habitat participatif » Cet article se propose de contribuer à la réflexion sur le(s) « commun(s) » en partant des expériences dites « d’habitat participatif ». Depuis les années 2000 en France, on observe la multiplication d’expériences qui ont pour caractéristique de revendiquer des manières alternatives de fabriquer l’habitat et d’y vivre, notamment par l’implication collective de ses habitants . Cette dimension collective se décline au niveau spatial, dans la mesure où ces lieux mettent en commun des espaces (jardin, salle commune, buanderie, salle de bricolage, chambre d’ami parfois etc.) et au niveau social, les habitants ayant pour ambition de gérer eux-mêmes leur lieu de vie et de partager des moments ensemble (Fromm, 2000 ; Vestbro, 2010). Ces expériences ne sont pas qualifiées du vocable « commun » par leurs initiateurs, qui lui préfèrent les termes de « participatif », « collectif » ou « groupé ». Peut-on pour autant les considérer comme des exemples de communs dans l’habitat ? Et dans ce cas, de quel(s) « commun(s) » s’agit-il et pour qui ? L’approche des communs qui sert ici de point de départ à l’analyse est celle des « communs urbains ». D’après la littérature internationale, on peut définir rapidement ces derniers comme des mouvements de réappropriation, par une collectivité, de ressources communes nécessaires à son existence, engagés à l’encontre des dynamiques urbaines de privatisation néolibérales (Harvey, 2012). Rapprocher « l’habitat participatif » des enjeux des communs pose quelques questions. L’habitat constitue d’abord l’espace du privé par essence (Hazel, 2004), entendu à la fois comme espace de l’intime, de l’identité et souvent aussi de la propriété privée, en tant support de construction de l’individu dans la perspective dessinée par Locke. Ne serait-ce pas contradictoire de considérer que l’espace le plus privé, quand bien même il est dit participatif, soit l’espace du commun ? Quelles sont alors les conditions qui rendent possible cette articulation du privé et du collectif dans la