La Suède, un modèle littéraire en voie
d’autonomie ?
Les enjeux de l’importation de la littérature
de langue française en Suède au XXI
e
siècle
Mickaëlle Cedergren et Ylva Lindberg
Université de Stockholm / Université de Jönköping
Tis study ofers an in-depth analysis of the reception in the Swedish daily press
(2010–2014) of three Francophone authors: Crowther, Taïa, and Túy. Trough
a new approach combining concepts like consecrational transfers (Casanova),
cultural transfer (Espagne), and ideologic functions (Moura), the analysis re-
veals Sweden’s eforts to become a consecrating pole. Firstly, while stressing the
“diference” as a principal feature of the commented literature, Sweden tries to
foreground its own national project to jointly promote diversity, migrancy and
cohesion. Secondly, comparing the Francophone literature with its own, Swedish
critics manage to consecrate literature from another dominated country. Finally,
comparisons with more international references leave space for self-consecration
and access to a more dominant position on the market. Tus, the transmitted
literature is less at stake than the receiving country’s own image.
Keywords: reception, transnational circulation, Francophone literature, literary
criticism in Sweden, consecration, symbolic capital
1. Le rayonnement de la littérature française en Suède
Le fait que la culture et la littérature de langue française aient circulé avec un certain
succès dans la presse suédoise au cours de la deuxième moitié du XX
e
siècle est au-
jourd’hui une réalité que Johnsson a mis récemment en lumière (2015, pp. 59–78).
À travers cette étude sociologique, ce dernier a examiné les articles d’Under strecket,
une des rubriques les plus spécialisées du quotiden Svenska dagbladet et consacrées
aux sujets de société aussi bien culturels que littéraires. Ainsi, il a mis en relief la
place de la France, en tant qu’objet littéraire et culturel en Suède, tout en soulignant
principalement son rayonnement depuis la seconde guerre mondiale et ce, jusqu’en
Revue Romane 52:2 (2017), 301–324. doi 10.1075/rro.52.2.12ced
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