Nicolas Duriau D’une homosexualité fin-de-siècle : le voyage d’Achille Essebac parmi les clichés de l’Italie. Regards sur Partenza... vers la Beauté ! (1898) Certains intellectuels et artistes homosexuels de la France fin-de-siècle rompent avec les codes de la « monstruosité » qu’un XIX e siècle hygiéniste et moraliste a établis en parlant, ainsi que Michel Foucault a pu le montrer 1 , de leurs semblables avec les termes successivement mis en usage de « pédérastes » ou d’« invertis ». De leur nombre, compte un auteur aujourd’hui méconnu du nom d’Achille Bécasse (1868-1936), dit « Essebac », dont la figure mineure présente l’intérêt majeur de se distancier d’une histoire des homosexualités « appesantie [...] par les figures de proue telles celles de Wilde, Cocteau, Gide, etc. 2 ». Si ce n’est par l’intermédiaire d’une « biog-anthologie 3 » confidentielle et rédigée par Jean-Claude Féray, la postérité ne conserve en mémoire que peu d’informations sur la vie de cet écrivain. Or, il semblerait qu’elles soient partiellement consignées dans la première œuvre plus ou moins autobiographique qu’il ait publiée : récit de voyage en Italie paru chez Chamerot et Renouard en 1898, Partenza... vers la Beauté ! témoigne en effet d’une sensibilité personnelle et d’une dimension homoérotique. Par une écriture qualifiable de géopoétique, voire de « géo-photographique », et semblable à celle des récits « photo-illustrés », ce texte intermédial offre à lire une image originale, sinon valorisante, des amours masculines à la Belle Époque. Cette « énonciation paradoxale 4 », dont Éric Bordas encourage en 2013 l’étude, fait l’objet de cet article inédit : hormis les pages qu’y consacre Romain Courapied dans sa thèse de doctorat 5 , rares sont les travaux en littérature dont l’intérêt porte sur l’œuvre essebacien, tout intéressant qu’il est. Dans une approche 1. Michel Foucault, « Cours du 22 janvier 1975 », dans Les Anormaux : cours au Collège de France. 1974-1975, Paris, Seuil-Gallimard, coll. « Hautes études », 1999, p. 51-74. 2. Patrick Cardon, Discours littéraires et scientifiques fin-de-siècle : autour de Marc-André Raffalovich, Paris, Orizons, coll. « Homosexualités », 2007, p. 299. 3. Jean-Claude Féray, Achille Essebac, romancier du désir, Paris, Quintes-feuilles, 2008, p. 7. 4. Éric Bordas, « Introduction. Comment en parlait-on ? », Romantisme, n° 159, 2013, p. 16. 5. Romain Courapied, « Modélisation fictionnelle – Achille Essebac : la misogynie au service de l’amitié idyllique », dans Le Traitement esthétique de l’homosexualité dans les œuvres décadentes face au système médical et légal : accords et désaccords sur une éthique de la sexualité, Rennes, Université de Rennes 2, 2014, p. 185-201. 2019-3 rticle on line rticle on line