490 - La Presse Médicale
© 2004, Masson, Paris Presse Med 2004; 33: 490-3
P.Bourée
1
, E. Caumes
2
Dermatologie/Parasitologie
M ISE AU POINT
10 avril 2004 • tome 33 • n°7
La dermatite cercarienne
Summary
Cercarial dermatitis
A potential public health problem Cercarial dermatitis is caused by
the infestation of the skin by cercariae of nonhuman schistosomes
whose commonest hosts are aquatic birds. Human contamination
can occur during swimming in fresh water infested with cercariae
and notably ducks. Its geographic distribution is worldwide and is
increasingly described in France during the summer months.
From a clinical point of view A diffuse eruption composed of
prurigenous maculopapules appears within the 24 hours following
exposure. Regression is spontaneous within one day to three
weeks.
Prevention is advisable Treatment is symptomatic in the majority
of patients. The optimal prevention, for bathers, is to swim in
sufficiently deep water.
P. Bourée, E. Caumes
Presse Med 2004 ; 33 : 490-3 © 2004, Masson, Paris
Résumé
Une maladie émergente La dermatite cercarienne est une
dermatose résultant de l’infestation humaine par les furcocercaires
de la bilharziose des oiseaux aquatiques. Les furcocercaires peuvent
passer chez l’homme au cours d’un bain dans une eau douce
fréquentée par les animaux aquatiques, et principalement les
canards. Elle est très répandue dans le monde et de plus en plus
souvent décrite en France pendant l’été.
Au point de vue clinique Une éruption cutanée diffuse faite de
maculopapules prurigineuses apparaît dans les 24 heures qui
suivent le bain. L’évolution spontanée est favorable en un jour à
trois semaines.
Plutôt prévenir Le traitement est symptomatique et la moitié des
patients y ont recours. La prévention la plus efficace, pour les
baigneurs, est de se baigner en eau suffisamment profonde.
1 - Unité des maladies
parasitaires et tropicales,
Hôpital Bicêtre (AP-HP),
Le Kremlin-Bicêtre (94)
2 - Service des maladies
infectieuses et tropicales,
Hôpital Pitié-Salpétrière
(AP-HP),
Paris (75)
Correspondance :
P. Bourée,
Unité des maladies
parasitaires et tropicales,
Hôpital Bicêtre (AP-HP),
78 rue du Général Leclerc.
94 275 Le Kremlin-Bicêtre
patrice.bouree@bct.ap-
hop-paris.fr
L
a dermatite cercarienne, consi-
dérée dans la plupart des pays
d’Europe comme un problème
potentiel de santé publique
1
, est de
plus en plus souvent observée en
France, l’été, chez les baigneurs dans
les lacs
2,3
. Sur le plan clinique, elle
peut être considérée, a priori ,comme
une maladie bénigne,mais il faut être
attentif.En effet,chez les mammifères
de laboratoire, la migration des schis-
tosomes aquatiques peut provoquer
des lésions viscérales (hémorragie
pulmonaire,déficit moteur)
4
.De plus,
il a été suggéré, suite à une infection
expérimentale chez l’homme,que les
larves infestantes pouvaient migrer
dans le corps par le système vascu-
laire
5
. La dermatite cercarienne
constitue aussi un problème écono-
mique, car elle entraîne une désaffec-
tion pour les loisirs aquatiques, l’été,
et par contrecoup pour les zones tou-
ristiques situées autour des lacs,
comme cela s’est produit au lac
Léman en Suisse
6
.
Définition
La dermatite cercarienne a été
décrite, pour la première fois, aux
États-Unis en 1928, sous le nom de
dermatite des nageurs
7
, puis en 1931
en France, dans la banlieue pari-
sienne, au bois de Boulogne
8
. Elle
résulte de l’infestation humaine par
des furcocercaires, ou larves de
divers schistosomatidae d’oiseaux
aquatiques variés, principalement
des canards.